CONSEILS PRELIMINAIRES

NE PARTEZ PAS AVEC LES IDEES PRECONCUES, LES VISIONS A SENSATION que véhiculent les mauvais films et la mauvaise littérature d'aventure Le héros, des qu'il s'enfonce de plus de deux mètres en forêt à grands coups de machette rageurs y est immanquablement assuré de recevoir sur la tête une mygale de 30 cm avant de se prendre les pieds dans un anaconda de 15 m. Ce n'est que le début d'un long calvaire qui passera par la lutte avec le caïman géant au milieu d'un marais putride infesté de moustiques et se terminera par l'attaque des féroces indiens réducteurs de tête.

Méfiez vous de ce que vous dira votre chauffeur de taxi à Caracas ou le serveur de votre restaurant à Cayenne. Ils vous parleront certainement d'un ami attaqué par un jaguar ou d'un cousin mutilé par les pirañas. Vous aurez sans nul doute droit à d'abondantes mises en garde qui vous donneront envie de prendre une réservation pour le Club Med le plus proche...
Rien de tout cela ne correspond à la réalité de la grande forêt.

Toute cette mythologie voire mythomanie ne met l'accent que sur les aspects négatifs, dangers potentiels et maladies redoutables. Elle ne fait référence qu'à des expériences désagréables ou violentes alors que pour peu qu'on l'aborde respectueusement la grande forêt est toute en force certes, mais en force subtile et nuancée.

Pour peu que vous aimiez sincèrement la nature et que vous soyez capable de vous intéresser à ses aspects les plus divers, la grande forêt constituera pour vous non pas ''l'enfer vert '' mais un véritable paradis.
Pour cela il vous faut tout d'abord choisir un TYPE D'EXCURSION qui corresponde à vos goûts personnels et vos possibilités physiques.
Il y a de nombreuses manières de découvrir la forêt... Depuis le ''lodge'' a 300 $ par jour jusqu'aux prétendus stages de ''survie''.
Tout dépend de votre bourse, âge, état physique et surtout de vos centres d'intérêts.
-La qualité de l'organisation : choisissez toujours une agence spécialisée dans ce type d'excursions.
-La qualité des guides. L'expérience du guide et sa compétence technique sont primordiales.
-Evitez les groupes trop nombreux. Renseignez vous à ce sujet auprès de votre agence. Pour moi, pour être intéressante, une marche en forêt doit comporter une dizaine de personnes au grand maximum...

A partir de là, vous pouvez choisir de ''rayonner'' depuis un campement ou de partir pour une excursion d'une durée déterminée.
Beaucoup de ces excursions se présentent sous la forme de remontée ou de descente de rivières, qui sont souvent les seules voies de pénétration. Si ces trajets nautiques permettent de découvrir une faune remarquable (sachez toutefois que plus une rivière est large et fréquentée, plus les chances d'apercevoir des animaux sont minces...), ils peuvent à la longue s'avérer fastidieux et fatigants, surtout sous le soleil brûlant de la saison sèche. En tout état de cause, il vous faudra vous assurer que de telles excursions comportent des marches en forêt et non pas une simple succession de bivouacs le long de la rivière comme c'est parfois le cas. Sinon, de la forêt, vous ne verrez que les bordures.

 

 

Ne vous laissez pas berner par l'engouement médiatique actuel pour ''l'extrême'' !
Pour apprécier la grande forêt il faut du temps, de la patience et de la modestie. Oubliez l'esprit ''camel trophy '' ou ''raid gauloises'', vous ne découvrirez pas la forêt ainsi. Ces ''aventures'' (terme bien galvaudé en ce moment ! peut on vraiment qualifier d'aventure ces manifestations commerciales bruyantes et médiatisées ' ?) ne conçoivent la forêt que comme un prétexte, un obstacle à franchir.
.Si vous avez envie de faire de la mécanique dans la boue ou de courir sac à dos, vous n'avez pas besoin d'aller si loin !
Pas besoin de soulever 120 kg au développé couché non plus... Oubliez Rambo.
La vie en grande forêt ne peut pas être basée sur la confrontation. Elle est faite d'adaptation. Cela ne veut pas dire que votre expérience ne sera pas éventuellement sportive, au contraire, mais si la performance physique est votre unique motivation, vous ne verrez que les aspects négatifs de la forêt, ce qui est fort dommage.

Bref, préférez l'approche d'un Humboldt à celle d'un Pizarro !


QUAND PARTIR ? QUELLE PERIODE CHOISIR ?


On vous conseillera généralement la saison sèche, encore que cette notion soit très relative sous l'équateur.
Effectivement, si vous envisagez un séjour comportant de nombreux bivouacs, ou une expédition, préférez la saison sèche. Vous verrez davantage de faune sur et aux abords des rivières. La pêche est facile et abondante. Il n'y a pas ou peu de moustiques en forêt primaire.
Par contre, soyez prêts à souffrir de la chaleur pendant les marches, protégez vous bien contre le soleil pendant les trajets sur les fleuves.
Autre inconvénient, on fait beaucoup de bruit en forêt en marchant sur les feuilles sèches.

Aussi si vous êtes un entomologiste distingué, partez en saison des pluies, les insectes sont beaucoup plus nombreux.
Si vous faites de la photo, la flore est plus exubérante et les couleurs plus tranchées.
Le sol de la forêt est extrêmement humide, gorgé d'eau. On peut progresser silencieusement ce qui augmente les chances d'observer la faune.

En fait, si vous êtes plutôt un ''généraliste '' il vaut mieux éviter les périodes extrêmes :
la ''grande saison des pluies '' : il y a généralement deux ou trois mois par an où vous risquez de passer de longues heures au campement à regarder la pluie tomber.(115) Les bivouacs peuvent devenir difficiles. La pêche est maigre, les rivières montent tellement que l'eau envahi les berges, les poissons sont abondamment nourris en insectes et autres bestioles qui abondent pendant la période. Même les piranhas se feront rares !

  La ''grande saison sèche'' : c'est la période des brûlis en forêt, les paysans mettent le feu à des zones qu'ils ont préalablement déboisées pour pouvoir semer avant les premières pluies. Dans certaines régions, ces feux se font sur une telle échelle que les véhicules doivent circuler de jour avec les codes allumés et qu'on ferme les aéroports. L'air pique la gorge et les yeux...
   
AVEC QUI PARTIR ?
   
Cet élément a une importance relative si vous allez passer quatre jours dans un ''lodge'' au Costa Rica en pleine saison touristique.
Par contre, si vous devez passer plusieurs jours en bivouac dans des régions reculées, dans des conditions de confort sommaire, la promiscuité peut avoir des effets pervers.
-Certaines personnes sont tout simplement inaptes à la vie dans ces conditions. Elles ne le savent généralement pas au départ !
Vous verrez que ce sera généralement le même qui ''oubliera '' son tour de corvée de bois ou de vaisselle, ira se baigner au moment de l'installation du bivouac ou se plaindra du repas qu'il n'aura pas préparé.
Certaines personnes réagissent mal aux situations pénibles (efforts répétés, danger) et deviennent irritables ou désagréables.

Les hypocondriaques chroniques sont également une espèce pénible. Vous aurez droit le matin au petit déjeuner à la description détaillée de leurs ennuis intestinaux nocturnes. Il s'agit d'un genre essentiellement masculin...
A ce propos mon expérience personnelle m'a prouvé que les femmes sont généralement des compagnons plus agréables dans les circonstances difficiles : plus calmes, souvent plus résistantes et moins enclines à ''péter les plombs'' !
Faites comme si vous partiez pour une traversée en bateau. Eliminez les éléments pouvant causer des tensions dans votre groupe.

   
CHOIX DE L'ORGANISATION ET DU GUIDE
   

La comparaison avec la marine est là encore pertinente. Un mauvais skipper rendra votre traversée inintéressante et éventuellement dangereuse.
Un bon guide de forêt doit impérativement posséder de l'expérience et des connaissances techniques approfondies en matière de faune et de flore.

Vous serez à peu près assurés de la qualité du guidage et de l'organisation en passant par une agence spécialisée dans ''l'écotourisme''.
Pour les amateurs d'oiseaux, de nombreuses agences (surtout dans les pays anglo-saxons) proposent des excursions spécialisées dans le ''birdwatching '' avec des guides hautement compétents.

Sauf si vous connaissez très bien la zone n'essayez pas de ''court-circuiter'' les agences en faisant appel au pêcheur du coin... Vous pouvez bien tomber, mais j'ai vu des cas dramatiques. En dehors du temps que vous perdrez en retards et pannes diverses, ce style d'opération ne vous offrira aucune garantie de bonne fin et vous risquez de mettre votre santé ou même votre vie en danger !
   
MATERIEL A EMPORTER
   

-Des vêtements légers en coton. Les synthétiques sèchent plus vite mais leur contact est désagréable quand on transpire (ce qui est le plus souvent le cas !).

-Des vêtements légers en coton. Les synthétiques sèchent plus vite mais leur contact est désagréable quand on transpire (ce qui est le plus (039)
-Pas de jeans, trop lourds…
-Des vêtements résistants. Tout dépend de votre bourse, mais on se salit beaucoup en forêt : votre ensemble dernier cri style ''jungle by armani'' sera en peu de temps recouvert de boue, écailles de poisson, etc.
-Un imperméable léger type K-way.
-De bonnes chaussures de marche. Pas besoin de grosses ''trekking'' mais pas de chaussures en toile qui se déchireront avec l'humidité. Pas de bottes en caoutchouc, véritables foyers pour les mycoses. Les chaussures légères type ''training '' ou ''sneakers'' resteront engluées dans la première flaque de boue en saison des pluies.
-Un duvet ou une couverture légère.
-Un pull-over léger ou un sweat shirt pour les nuits fraîches
-Une lampe frontale, avec au moins une ampoule de rechange. Attention pas de grosses piles plates, introuvables en Amérique du sud (sauf Guyane française).

Pour les bivouacs, les agences fournissent généralement hamacs, moustiquaires ou tentes.
Si vous organisez vous-même votre excursion, sachez que le meilleur système pour bivouaquer en grande forêt est de tendre son hamac entre deux arbres, et de le protéger avec une bâche légère bien tendue sur une cordelette.

Le meilleur équipement selon moi est un large hamac de coton. Ces hamacs sont chauds et agréables au contact. Il faut éviter de les mouiller car ils deviendront lourds et fragiles.
La moustiquaire doit être large par rapport au hamac et d'une matière pas trop fragile, sinon elle se déchirera aux manchons.
Elle ne doit pas toucher votre dos, car les éventuels moustiques piqueront à travers le hamac...

 

 

Evitez les coûteux ''hamacs de jungle ''avec moustiquaire et toit incorporés que vous trouverez dans les magasins spécialisés. Ils sont en nylon ou autre synthétique qui vous fera transpirer abondamment lors des nuits chaudes. Ils sont en outre compliqués à installer, avec tout un système de cordelettes dans lesquelles vous vous prendrez les pieds le matin au réveil.

Evitez également les hamacs type ''filet'', légers et peu encombrants, mais froids et très désagréables au contact sur la peau nue.

 

Résistez à l'envie de vous acheter une machette ! Pourtant, s'il est un instrument indispensable à la vie en forêt, c'est bien celui-là. Mais c'est un instrument particulièrement dangereux dans des mains inexpérimentées.
Aiguisée à la lime, on arrive à lui donner un tranchant redoutable. Il faut frapper d'un mouvement sec de l'avant bras, sous un certain angle. Sinon, la machette, longue et flexible, risque de rebondir dans un effet de ressort.
Les accidents sont très fréquents, tout habitué de la forêt s'est déjà profondément coupé avec sa propre machette ou a été victime de l'imprudence d'un autre.
Même un broussard chevronné se fatigue s'il doit ouvrir un chemin devant lui pendant plusieurs heures. L'avant bras devient douloureux, les ampoules apparaissent, la sueur rend les mains moites.

 

Je peux vous assurer que je deviens particulièrement nerveux lorsqu'un néophyte étrenne sa machette flambant neuve derrière moi durant sa première marche en forêt...

Un bon couteau suisse est excellent compagnon (toutefois vous n'utiliserez probablement que 3 ou 4 des 65 lames ou fonctions disponibles... ). Prenez un des derniers modèles, plus simples, avec une lame plus longue. En ce qui concerne les magnifiques, rutilants et coûteux couteaux ''Rambo'' en acier inoxydable, à moins que vous deviez dépecer du gros gibier (?) , leur élément le plus utile est l'ouvre-bouteilles qui se trouve sur la partie supérieure de la lame.

Achetez votre boussole dans un magasin spécialisé. Les meilleures sont du type compas de relèvement, évitez celles qui sont encastrées dans d'autres instruments, surtout s'ils sont métalliques.

Pour ce qui est du matériel photo et vidéo, les extrêmes conditions d'humidité ont tendance à provoquer des pannes dues à l'oxydation des contacts. Maintenez vos appareils au sec en utilisant des boites en plastique étanche et des produits déshumidificateurs.

Enfin, si vous partez pour une expédition en saison des pluies, un sac à dos totalement étanche peut être une bonne option. Toutefois, ils sont peu pratiques, car de type sac marin : il faut les vider si on veut récupérer quelque chose au fond...
Dans ce genre de conditions, les sacs poubelle de toute taille sont extrêmement utiles !
   
PRECAUTIONS MEDICALES
   
Je ne m'étendrais pas sur ce thème qui est largement traité dans tous les guides touristiques.
Quelques ''trucs'' utiles, cependant :
-en ce qui concerne les traitements préventifs, prenez l'avis de médecins locaux, qui connaissent le pays et ont l'habitude de traiter ses pathologies.
-en règle générale, vous risquez beaucoup plus d'attraper une saleté dans les zones urbaines d'Amérique de sud qu'en pleine forêt équatoriale.
-ne vous désespérez pas à l'apparition du moindre bobo, rougeur et autre bouton. Si quelque chose vous parait douteux, montrez-le à votre guide ou à un indigène.
-soyez philosophes quant aux petites bêtes susceptibles de vous causer quelques désagréments. Leur abondance est une conséquence de la richesse de l'écosystème de la grande forêt.
N'oubliez pas, dans votre pharmacie, de prendre un tube de crème anti-mycose. Si vous devez faire des marches longues, particulièrement en saison des pluies, appliquez la crème sur vos pieds chaque jour à titre préventif. Il est important de maintenir vos pieds, par conséquent vos chaussures, aussi secs que possible. Ne marchez pas dans l'eau avec vos chaussures, quittez-les aussi souvent qu'il est nécessaire si vous devez passer des gués. Ayez sur vous une ou deux paires de chaussettes de rechange.